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En complément de la version audio, retrouvez juste en-dessous la fiche critique plus détaillée à partir de laquelle j’ai réalisé cette vidéo. Bonne écoute et bonne lecture.

Avant-Propos

Salut à toi, Autrice, Auteur, Lectrice, Lecteur ou Curieux, moi c’est Big Brother ! Après un temps d’absence, me revoici pour ton plus grand plaisir.

Sache que ce que je fais dans cette critique n’a rien d’exceptionnelle :

On recrute, alors n’hésite pas à t’inscrire ou à partager. Sur ce, c’est parti !

pencil - critique - correction -scenario

1 • Un scénario fun, entraînant, mais !

  • Un titre trop « sage » par rapport à l’histoire

J’ai un vrai problème avec ton titre. Pourquoi ? Car il ne tape pas à l’œil comparé à son contenu. Il a ce côté philosophique que tu veux donner à ton roman, mais au final quand on le voit, on ne s’attend pas à avoir un tel déchaînement de violences et de phrases choc. De plus, en réalité on ne voit pas Le Monde, mais plus l’Europe, non ?

Il est trop commun et pour preuve : en googlant le titre, je suis tombé sur ton roman mais aussi sur la biographie de JoeyStarr, ce qui signifie que techniquement ton titre n’est plus disponible au moins en France.

Je verrais bien quelque chose avec 2046, comme Europe 2046, Terre 2046, ou même Destination 2046 (vu qu’on suit un voyageur) mais peut-être que je suis à côté de la plaque haha.

  • Un résumé qui donne le ton, mais qui pourrait être plus punchy

Tous les éléments essentiels se trouvent dans ton résumé, mais je pense qu’on peut les réorganiser dans un autre ordre pour gagner en intensité. A savoir : la date (et le lieu), ce qui s’est passé et enfin le fait qu’au milieu de cet effondrement se trouve un homme qui souhaite retrouver sa famille coûte que coûte.

  • Une histoire intéressante, mais avec quelques soucis de cohérence, de temps à autres

Globalement, si j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire au départ, plus en raison du style plus épistolaire (j’en parle dans la cinquième partie), après on se laisse totalement entrainer par l’aventure d’Elliot. Si on ne s’ennuie pas cinq minutes, car tu sais à chaque fois quand placer les éléments pour nous tenir en haleine, quand on se penche sur certains points du scénario ou de l’univers (j’y viens), on sent qu’entre la vraisemblance du récit, utile au message que tu veux nous transmettre, et l’action tu as fait un choix. Voici, donc les éléments sur lesquels j’ai tiqués :

  • Le coup de la boîte de conserve pour éloigner le déchiqueteur : Elliot était pris de court, je comprends. Mais pourquoi envoyer le projectile dans la direction du village de la Communauté ? Pire : après cela, il indique à Mickael de se rendre justement dans la forêt. Pourquoi ne pas avoir ouvert une autre fenêtre donnant sur la zone opposée aux survivants et y jeter la boîte de conserve ?
  • La décision de Brian de quitter la base peut sembler trop brusque et pas cohérente : il lui faut discuter avec Elliot pour se dire que rejoindre sa femme serait une bonne idée et que de toute façon il a attendu plusieurs mois, ça ne sert à rien. Sauf qu’en réalité, la logique voudrait qu’il quitte la base et se rende en direction de Chancy, car Elliot est la preuve qu’il y a encore des gens en vie. Je développe dans la partie personnage ce que semble symboliser Brian, mais ses arguments ne sont pas cohérents par rapport à ce qui se passe. On a l’impression qu’il a besoin d’Elliot pour se réveiller.
  • Le cas des dossiers : Outre le cliché de la scène du militaire, je n’ai pas compris pourquoi il ne fait pas une recherche par un ordinateur. Ils sont encore en fonction puisque le colonel a été mis au courant de l’état de sa femme après évacuation. Donc les bunkers sont reliés entre eux. En plus s’il y a une base de données à jour, ce n’est pas dans un classeur en papier qu’il va la trouver car des morts et des naissances se font tous les jours, mais sur un ordinateur en tapant son nom. D’ailleurs, s’il s’agit d’un classeur, les noms sont rangés par ordre alphabétique : il aurait pu trouver son nom plus rapidement qu’en passant sur les 100 000 en papotant. J’ai vraiment eu du mal. Pour moi c’est une excuse pour rallonger le scénario. Dans ce cas, glisse le fait que les ordinateurs ne sont plus fonctionnels depuis l’attaque, d’où le fait que les portes soient ouvertes (autre incohérence)
  • Un interrogatoire sans précaution : à Genève, Elliot et Brian sont capturés par le gang contrôlant la ville. On les sépare et notre héros subit un interrogatoire. Problème : on ne prend pas le soin de l’attacher ou de lui présenter une arme sous le nez histoire de lui retirer toute envie de faire le malin. Mon hypothèse est que tu souhaites montrer l’orgueil de ce groupe qui se croit tout-puissant au point de ne même pas attacher ses otages. Pourtant, ils ont vu de quoi était capable en quelques heures après leur entrée dans la ville et désarmé le duo. Est-ce une bonne idée de laisser le leader de la ville seul avec Elliot, sans arme, ni moyen d’entrave ? Je pense que c’est plus une facilité qu’une incohérence scénaristique, à toi de voir.
  • La transformation du magasin en bunker : j’ai vraiment vu cela comme une scène humoristique tant c’était improbable. Tes deux héros débarquent en tant que clients, on a aucun dialogue, et d’un coup ils se mettent à retourner le magasin pour en faire un bunker. Ils font même un feu et posent des pièges. De quel droit font-ils cela ?

Mais ces problèmes mineurs ne m’ont pas empêché de passer un bon moment. Justement : c’est parce que le reste est très bon que j’ai remarqué ces quelques imperfections. La question est de savoir si tu veux réellement nous raconter une histoire plausible ou plus fun et qui sort par moment du normal afin de créer du spectacle, à la manière des blockbusters hollywoodiens qui oublient la gravité l’espace d’une cascade sublime ou d’un combat.

  • Un manque de liant ou de force dans certaines scènes

Outre les incohérences, je trouve que parfois tes actions manquent de liant ou de force tel quel. En voici quelques-unes :

  • Dans l’avant-propos, tu en dis trop, pour intéresser le lecteur, mais ça a eu l’effet inverse sur moi, surtout que certains éléments ne sont pas primordiaux, comme les différents types de monstres. Du coup l’avant-propos se change en un prologue trop long. Si tu veux faire un prologue, je te propose d’achever ton avant-propos sur la phrase suivante : « Je ne sais même pas si elles sont encore en vie et, si elles le sont, elles pensent peut-être que je suis mort, là dehors. »
    • Une fois Elliot arrivé chez lui, il décrit ses émotions comme des faits (« je suis triste »), mais on ne les ressent pas.
    • Il écrit être pris dans une hallucination, mais réagit comme s’il ne s’en était pas rendu compte. Je pense que tu devrais annoncer après sa réaction qu’il s’agit bel et bien d’une illusion, ce qui aurait plus de sens.
    • Sur le pont, à un moment tu décris ton héros comme sautant du toit d’un camion, sauf que tu nous l’as décrit positionné à côté en observation le paragraphe précédent
    • Enfin, je trouve la remise en question d’Elliot dans le bar trop tôt et mieux placé après leur sortie de Genève. Celui-ci s’excuse car dit trop s’appuyer sur Brian ou sur ses émotions. A quel moment depuis leur départ la base cela s’est-il produit ? Juste parce que le chef de Genève l’a frappé ? D’après ce que tu indiques, il l’a fait pour les intimider et l’aurait fait dans tous les cas. J’aurais placé cette remise en question après la mort de la petite fille, par sa faute, et dans le magasin ou au moment de l’interrogatoire. Car il a agi sous le coup de l’émotion, faisant capoter leur plan initial et sans Brian il serait mort dans l’église.

Sinon, dans l’ensemble, tu nous offres ici un super début de voyage initiatique dans un monde post-apocalyptique. Je reste tout de même sur ma fin après cet incipit.

  • Prise de risque : s’échapper de Fallout et des films de survie/zombies

En effet, si tout colle sur le scénario, je suis sorti de ces premières pages à demi-convaincu. C’est le début tu me diras, mais en dehors du Déchiqueteur et du bestiaire de monstres, qui font très jeux-vidéos (j’y viens dans le seconde partie), j’ai pour le moment vu pas mal de ficelles ou d’éléments que l’on peut retrouver dans des jeux ou d’autres médias d’horreur ou de zombie. J’émets donc une peur pour la suite : est-ce que trop d’inspirations ne tue pas l’inspiration ? A-t-on réellement un récit original ou (je grossis volontairement le trait, mais n’en pense pas un mot 🙂 n’avons-nous pas un spin-off de Fallout/film de zombies se passant dans un cadre suisse ? J’espère me tromper, car si ce n’est pas gênant dans les premières pages, les connaisseurs risquent de ressortir mitigés.

Edit post critique : j’ai lu des critiques Amazon qui suivent mon avis sur le côté « Fallout » et « commun ».

island - correction - critique - lecture - univers

2 • L’atout majeur du roman

  • Un univers qui se veut réaliste et plein de détails (économie, politique, technologie)

Si un élément était primordial pour que le propos de ton roman ait du poids, c’est bien ton univers. En effet, comme dans tout film ou média d’anticipation, si on veut croire à cette planète alternative souvent détruite par l’Homme, ce que tu nous montres doit nous sembler probable en cas de désastre. Et malgré sa longueur, ton avant-propos ne nous ment pas : dès les premières pages, via une présentation du quotidien d’Elliot, tu nous plonges dans cette ambiance oppressante morbide et dans laquelle les mots-clés sont préparation et évolution.

On sent le plaisir que tu as pris à penser (et dessiner, puisqu’on a même des illustrations !) le domaine d’Elliot avec tous ces pièges et ces mécanismes de défense, bien loin de nos jardins avec une simple clôture ou une haie fleuries. Ainsi, tu nous en dis plus sur Elliot qu’à travers une longue description : Elliot est intelligent, alerte et a compris comment passer de proie à prédateur dans ce nouvel environnement.

Le deuxième point sur lequel j’aimerais revenir est la politique de ce monde. Comme tu l’expliques dans le texte, après l’abandon de de régions entières par l’état, les Hommes ont alors bâti différents systèmes politiques. Avec la communauté, on peut voir ce qui pourrait rester d’une humanité plus pacifique et soudée. C’est sûrement mon côté sociologue, mais j’aurais aimé qu’on en sache plus sur comment s’organisent ces Communautés. Une très bonne idée le retour au troc et aussi de messagers itinérants. Tu réponds alors à deux questions fondamentales en cas d’effondrement de notre société : pourrait-on dans une société moins connectée et sans monnaie ?

Et plus loin, on découvre la Nouvelle Genève, si je peux me permettre. Là-bas, les plus forts ont remplacé les plus riches et exercent la violence passée en échange d’une protection supérieure en tous points de vie. J’ai même trouvé ça très fort de ta part de nous mettre sous le nez une question fondamentale que pose notre monde toujours plus connecté détenu par des grosses multinationales : suis-je prêt à céder toujours plus de liberté contre des services et une protection ?

A la fin de ces premiers chapitres, nous avons donc vu trois modèles de société :

  • Solitaire avec Elliot
  • La Communauté (quasi) horizontale et vivant en harmonie avec son nouvel environnement
  • Et la Tyrannie plus ou moins développée qui continue de lutter pour conserver nos standards de vie de l’avant-catastrophe

C’est le troisième point que j’aimerais souligner avec ton univers : il nous parle et nous questionne sur notre rapport au monde. En rajoutant à ces sociétés, ton bestiaire de monstres radioactifs, symboles d’une nature désincarnée et vengeresse, on prend du plaisir à découvrir comment les Hommes ont réinventé leur quotidien dans un monde détruit. Tout ceci coïncide avec le message sociopolitique de ce voyage initiatique : si on pouvait changer chaque pièce de notre société actuelle pour éviter le pire, quels choix ferions-nous ? Ça m’a fait penser à la communauté des Collapses, surtout la Communauté et Elliot : ces personnes sont persuadées que notre modèle sociétal arrive à son terme et que seuls des êtres aptes à survivre en cohésion avec la nature vivra. Ils réapprennent alors tout en prévision de l’effondrement.

Pour moi, l’univers est l’une des raisons pour lesquelles il faut lire ton roman.

Mais il y a un mais, ou plutôt deux : attention au plagiat de Fallout et pense aux non suisses

Malheureusement pour toi, je connais quelque peu la série Fallout et j’ai été choqué par la carte des bases construites par l’état : ce sont des bases comme dans la série. Je pense que tu peux être accusé de plagiat, même si l’hommage est sympa. Renseigne-toi avant de te faire éditer.

Le deuxième point concerne justement les villes et communes par lesquelles on voyage :

Si j’ai bien aimé toute l’aventure à Genève, je me permets à nouveau d’émettre un regret par rapport à celle-ci. J’ai courtement visité la ville, puis fait une croisière sur le lac Léman. Pourtant, en dehors de l’église et du musée, je n’ai pas eu l’impression d’être dans la capitale. Pourquoi ne pas nous dire à quoi ressemble désormais le lac Léman ? (Un marécage radioactif ou alors une steppe désertique dans laquelle on emprisonne et tue des gens, par exemple ?) Sois inventif, mais transforme réellement ton environnement, surtout des éléments clés de ces endroits que même les non suisses pourraient connaître, car faisant partie de la culture générale. Car c’est un bémol que j’ai aussi ressenti durant le chapitre à Bernex : si on ne connait pas la Suisse, on a du mal à savoir si on nous parle d’une petite ville ou d’une grande capitale aux immeubles ramassés. Ce qui tranche avec ton envie de réalisme. Ça donne un aspect de livre régional à ton roman. Par exemple, ce n’est que plusieurs pages après notre arrivée à Bernex que tu nous diras que nous sommes dans un village. Cependant, les premières bâtisses que tu nous montres du lieu-dit ce sont des logements en hauteur.

Peut-être devrais-tu prendre plus de temps pour décrire les environnements, même s’ils ne paraissent pas utiles directement au récit, afin de maintenir cette ambiance 2046 !

A l’inverse, je continue de croire que tu en dis trop dans ton avant-propos et même les dix premières pages de ton roman. Ton histoire est vraiment intéressante, mais tu nous abreuves de détails sur le passé, les rad-rongeurs, les montres, alors qu’on observe simplement ton héros en plein départ. C’est dommage, car tu noies le lecteur avec beaucoup trop d’informations et surtout lui spoiles une partie de l’aventure. Quelques coupes s’imposent dans ces deux premières parties pour rendre tout ça moins indigeste et en garder sous le coude pour la suite.

Dernier point : la gestion réaliste d’un univers radioactif

J’avoue ne pas trop m’y connaître en radioactivité et bombe nucléaire, mais plusieurs éléments m’ont questionné sur le réalisme de ces faits, en considérant que nous sommes dans une zone frappée ou touchée en partie par des radiations :

  • Elliot fait pousser des légumes. La radioactivité ne rend-elle pas le sol stérile ? Les fruits et légumes qui y poussent peuvent-ils être consommés sans danger ?
  • Elliot porte un masque, mais ni Mickael, ni son neveu, ou encore Brian. Pourtant, il est clairement dit par ce dernier que des hordes d’infectés se baladent dans la zone, et même des déchiqueteur, répandant partout autour d’eux des particules radioactives
  • A ce sujet, pourquoi Elliot retire son masque lorsqu’il est face à la horde, aux environs de la base ?
  • Enfin : Brian et Elliot ne devraient-ils pas porter des costumes plus complets pour se protéger des radiations

Ce sont plus des questions que des affirmations, car encore une fois je n’ai fait que quelques recherches sur le nucléaire.

Et à nouveau, mention spéciale aux fantômes radioactifs qui se déplacent via les ondes : GÉ-NIAL !

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3 • Des Personnages tout en symbolique

Après ton univers, tes personnages sont pour moi la deuxième raison pour laquelle on doit lire ton roman. Il n’y a plus de société à proprement parler et à ce stand du roman pas non plus de réel antagoniste si ce n’est la Suisse radioactive elle-même. De ce fait, ce sont les motivations internes et externes de tes protagonistes qui vont maintenir notre attention. Dans cette partie, je ne donnerai mon avis que sur Brian et Elliot, car les autres personnages, comme le chef de la communauté ou Mickael, bien qu’utiles au développement de notre héros, me semble anecdotiques ou trop vite croisés pour en tirer des conclusions qui pourront te servir.

  1. Elliot : une figure christique post-apocalyptique en devenir

Avant d’aller plus loin, sache que je suis chrétien et que potentiellement ceci a affecté ma perception de ton héros. Dans tous les cas, je trouve qu’il nous change de ce cliché du héros bourru, au cœur si meurtrit qu’il ne ressent plus rien et est motivé que par une seule chose : son objectif. Dès les premières pages, tu nous fais comprendre que c’est un par hobbie, ou chance, qu’Elliot a survécu : s’il est un père tout ce qu’il y a de plus lambda, avec un emploi classique, il a toujours eu cette vision négative de la société et se plaisait à s’imaginer dans Fallout. S’il vivait à notre époque et faisait des formations de survie, on aurait pu le ranger dans la communauté des Collapses ou autre théoriciens du complot. Mais ce que j’ai le plus apprécié c’est qu’à la différence de nombreux Hommes que l’on va rencontrer, dont Brian, l’effondrement de la société ne l’a rendu qu’encore plus humain et empathique : on le voit pleurer, s’émouvoir pour son village et l’état de la planète, mais en jeu sa propre survie pour sauver deux inconnus ET des ennemis naturels, les loups. On sent en lui une grande culpabilité trop lourde à porter, car celle de toute l’humanité en fin de compte, et dont le seul moyen de s’en débarrasser serait de réparer les vies et le monde autour de lui. Enfin, à travers des phrases parfois toutes faites mais pleines de sens, Elliot incarne pour nous et ses contemporains un coup de semonce : partout où il passe, il amène l’autre à se réveiller, à revoir ses positions. Les trois scènes qui prouvent ceci sont :

  • Sa rencontre avec les loups où on s’attendrait à ce qu’il les tue sans hésiter
  • Son échange avec Brian qui le sort de son sacrifice vain pour une nation qui n’existe plus, lui rappelant que sa place doit être auprès de cet enfant qui qui grandit sans lui
  • Sa prise de position dans l’église, qui peut nous rappeler Jésus-Christ qui s’opposait aux idolâtres et aux Pharisiens qui instrumentalisaient des dieux pour leur propre compte

D’où ma conclusion : Elliot incarne l’espoir de l’humanité, un Homme nouveau qui veut vivre en harmonie et qui a pris conscience des erreurs de ses ancêtres.

Malheureusement, ce côté trop sage et parfait peut agacer, d’autant plus qu’il nous écrit à nous lecteurs. Si j’ai pris plaisir à le voir se remettre en question, dans le bar, je trouve certaines de ses parenthèses sur la vie de trop par moment, le rendant presque insupportable. D’autant plus que ce sont des leçons de vie classique, comme « profite de l’instant présent », « dis à tes proches que tu les aimes ». Je ne sais pas si c’est à cause de la longueur de ces « brisements de quatrième mur », mais je pense qu’il faut les faire les plus courtes possibles, car les lecteurs sont là pour passer du bon temps, pas pour recevoir des leçons de morales. Du moins, pas aussi directement.

J’aimerais juste m’arrêter sur une incohérence, justement un de ses proverbes. A un moment dans le chapitre 2, Elliot dit ceci : « le principal est de   profiter du   moment présent, même si l’époque    est dure. C’est là que nous devrions éprouver de la gratitude envers la moindre parcelle de joie […] et à devenir meilleurs ». C’est bien dit, mais ton héros ne peut pas penser cela alors qu’il fait tout le contraire : il avance vers un futur incertain, sans prendre en compte ce présent qui le répugne, afin de reprendre sa vie passée avec sa femme là où il l’avait laissé. Je trouve que cette phrase serait plus pertinente à la fin de son périple, en guise de conclusion au personnage et pour le lecteur qui l’aurait vu courir sans jamais se retourner.

Je pense aussi que l’arrivée de Brian arrive au bon moment : comme Elliot le souligne, s’il parlait seul plus longtemps ça aurait été problématique pour lui, mais aussi pour le lecteur.

Petit idée pour le faire évoluer : si lui espère retrouver sa vie d’avant, ça pourrait le faire évoluer davantage si justement de son côté sa famille s’était reconstruite sans lui. (remariage, rejet de sa fille, etc)

  • Brian : l’archétype du soldat droit dans ses bottes, mais pas que !

Malgré le titre que j’ai donné à cette partie, j’ai trouvé l’arrivée de Brian dans le récit pertinente pour l’évolution d’Elliot, mais aussi pour la résolution de ou des intrigues à venir. On le voit avec le déchiqueteur, Elliot a des moyens et des compétences limités. De plus, un allier pour lui faire la causette permet d’éviter que nous lecteurs nous retrouvons seul avec sa psychologie « trop parfaite ». Brian vient équilibrer les forces et chambouler Elliot : par sa force et son assurance, même dans des situations extrêmes, le militaire révèle les failles de son compagnon que l’on pensait prêt et fort. Dans le même temps, Brian apprend dès les premières minutes au contact d’Elliot une leçon de vie importante : la famille passe avant la nation. Au-delà du cliché typique du fidèle militaire qui ne quitte pas ses rangers, son débardeur vert et sa base, Brian illustre le workaholic engendré par une société qui en demande toujours plus à ses citoyens qu’elle voit comme des actifs de production. Malgré des mois passés à attendre de potentiels survivants sans que ça ne porte ses fruits, il n’a pas quitté l’abris. C’est alors en voyant la détermination de son nouveau camarade qu’il reprend ses esprits : sa famille passe avant tout, pas son travail. J’espère que tu le feras de plus en plus sortir de sa position de muscles sur patte qui participe à ce côté « déjà-vu » que j’évoquais dans la Partie 1.

En conclusion, comme le souligne Elliot, lui et Brian forment une pair gagnante. J’espère juste que l’on verra d’autres personnages émerger de ce monde où toute l’humanité ressemble à un amas de PNJ qui ne réagissent qu’au contact de notre héros.

J’avoue avoir un petit espoir de recroiser Mickael et son neveu.

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 4 • L’Idéal pour transmettre

Le monde de demain est un voyage initiatique dans un monde en transition. C’est donc le moment idéal pour, comme le souhaite Elliot dans son journal, nous donner un maximum de leçons. Normalement dans cette partie, je donne des idées d’enjeux ou de thématiques qu’un auteur pourrait aborder dans son roman. Mais à l’image du scénario, de l’univers et des personnages, tout est super bien pensé à ce niveau-là aussi. On peut même se demander ce que tu n’abordes pas, en fait :

  • Les médias
  • La politique
  • La société de consommation et l’économie
  • Les sociétés alternatives
  • La religion
  • L’écologie
  • La famille
  • Le travail
  • La sécurité
  • La société de classe
  • L’art

Un roman tout en symbolique

Comme cité plus haut avec Elliot, on peut s’amuser à interpréter les symboles tout au long de notre lecture, ce qui donne une maturité et un deuxième ou troisième niveau de lecture à l’œuvre :

  • Elliot, sorte de messie imparfait
  • Brian, la machine de travail conçue par la société qui reprend vie aux côtés d’Elliot
  • Le Déchiqueteur, incarnation monstrueuse d’une nature qui en a assez de l’Homme et que celui-ci ne parvient même pas à comprendre pour ensuite la dompter. En effet, on ne sait pas comment il respire, quels sens il utilise, ses objectifs, en faisant un être effrayant
  • Genève, le cœur de la Suisse en transition, maintenue en vie grâce au crime et à la religion

Seul bémol : attention aux « leçons de moral » trop directes

Je le rajoute ici, car c’est le seul bémol en fait : si les lecteurs aiment réfléchir d’eux-mêmes, ou pas, aux messages derrière une lecture, ils n’aiment qu’on leur fasse directement la morale. Le mieux serait de passer par des personnages qui vont apprendre les leçons que tu souhaites nous transmettre pour marquer le lecteur, plutôt que de nous présenter un personnage déjà tout en sagesse. Mais je me répète.

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5 • Une forme quasi parfaite

  • Un avant-propos à bien définir : extérieur au récit ou prologue ?

Si une chose aurait pu me freiner lors de ma lecture c’est l’avant-propos. Premièrement, un avant-propos n’est pas un chapitre en soit et il est possible que beaucoup de lecteurs le sautent. Or, tu y places beaucoup d’information, voire y démarre ton récit en fait. Selon moi, et tu retrouveras ce passage dans la version commentée de ton texte, il y a tout un pan de l’avant-propos qui devrait être supprimé ou replacé dans un prologue, là où ça serait plus adapté.

Ou bien, tu changes l’avant-propos en prologue, car on s’y perd à un moment donné.

  • Quelles tournures de phrases lourdes, des répétitions et des fautes (stylistiques et vices de formes)

Si dans l’ensemble, j’ai trouvé ta plume très agréable, il y a souvent quelques éléments de trop, comme des petites répétitions au sein des phrases ou des tournures de phrases qui pourraient gagner en fluidité. Par exemple, tu écris : « À ce moment, grande déception que de constater que tout ce qu’il restait était périmé et donc non consommable ». Pourquoi définir, si je peux dire, le terme périmé ? Ou encore « la chambre froide close par une porte isolée et donc bien hermétique » Ces petites « périphrases » sont rares, mais alourdissent tes phrases, surtout dans les moments d’action. Après, j’en ai surtout vu dans le chapitre 2.

Néanmoins, j’ai compté pas mal de répétition au cours de ma lecture, alors que tu as clairement un vocabulaire riche et plus que suffisant pour les supprimer.

Chose plus grave, ce sont les fautes (mais on en a déjà parlé) et les tirets que tu utilises pour les dialogues. Ce ne sont pas les bons. Tu dois employer des tirets quadratins (—) et pas le signe moins (-) pour débuter des dialogues. Ce que je te conseille, c’est de créer un raccourci clavier qui afficherait le tiret quadratin si tu presses trois fois – – – par exemple.

  • Un style épistolaire qui fait parfois plat (avis 300% subjectif)

Je comprends tout à fait ta volonté d’écrire ton roman comme une succession de pages d’un journal intime. Mais je ne te cache pas qu’à plusieurs reprises, surtout dans les scènes d’action ou émotionnelles, les temps de conjugaison employés faisaient que la scène perdait en intensité, là où l’employé du passé simple redonnait un coup de boost à tout ça.

Pour le coup, il faudrait poser la question à d’autres lecteurs.

  • Mais une forme générale très professionnelle, gage de sérieux

Pour autant, le manuscrit dans son ensemble, comme toute l’œuvre fait très professionnelle, montre de ton implication dans la rédaction et le travail éditorial prépublication. On peut dire ce qu’on veut sur l’autoédition, mais là chapeau : il est prêt à être édité. Ce qui m’amène à ma conclusion générale.

Conclusion : rejoins-nous, sérieux !

Après cette critique, c’est le moment où je me lâche et passe du bêta-lecteur à l’entrepreneur : j’aime beaucoup cette œuvre et j’ai même une idée d’un éditeur à qui la présenter. Il y a quelques points à revoir et bien sûr les Brigadiers feront en sorte de ne négliger aucun détail, mais si tu ne trouves pas un contrat d’édition, je serai ravi de t’accueillir dans notre Nid et te permettre de trouver un éditeur.

Tu le mérites et c’est pourquoi, je conseille à quiconque veut lire un récit d’anticipation mature d’aller commander ton roman sans hésiter. Dans l’espoir que cette énième critique te serve et que La Plume Soit avec Toi, Lionel !

Eh, toi, si tu veux te procurer Le Monde de Demain, c’est par-ici !

Sache que ce que je fais dans cette critique n’a rien d’exceptionnel :

On recrute, alors n’hésite pas à t’inscrire ou à partager. Que la Plume soit avec Toi !

Catégories : Plum'Analyses

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