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Avant-Propos

Salut à toi, Autrice, Auteur, Lectrice, Lecteur ou Curieux, moi c’est Big Brother ! Après un temps d’absence, me revoici pour ton plus grand plaisir.

Aujourd’hui, pour te prouver que tous nos Brigadiers sont super bons, c’est la critique de Han.Yeon qui t’es proposé(e). Pour rappel :

On recrute, alors n’hésite pas à t’inscrire ou à partager. Sur ce, c’est parti !

Un mot de la critique – Han.Yeon

Hello, je suis Han.Yeon, Brigadière de Plumavitae depuis maintenant presque deux ans  Pour plus de facilité et de convivialité, je me permets de te tutoyer tout au long de cette critique, j’espère que ça ne te gênera pas. Tout d’abord, tout ce que j’écris dans cette fiche est fait pour t’aider, et je l’écris uniquement dans ce but, même si tu pourrais avoir l’impression que je suis dure parfois. Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai raison sur toute la ligne, car j’ai pu me tromper, mal comprendre des choses… Bref, je tiens tout d’abord à te féliciter d’avoir osé te lancer sur une histoire pour enfants, qui est un style super complexe à maîtriser ! Comme tu pourras le voir, je suis très très bavarde, n’aie pas peur de la longueur de ma critique x).

pencil - critique - correction -scenario

1 • Inspiration ou copie ?

Le titre

Le titre de ta série ne raconte malheureusement pas grand-chose sur le contenu. En effet, on peut tout aussi bien imaginer qu’on va se retrouver face à une romance, avec deux personnages destinés l’un à l’autre, qu’à un roman d’aventures avec un ou plusieurs personnages avec une grande destinée… On peut même imaginer que « Destinée » est en fait un adjectif qui qualifierait une fille, destinée à accomplir telle ou telle chose. Comme tu peux le comprendre, ton titre colle très bien à ton texte, comme il conviendrait à des dizaines d’autres. De ce fait, il manque « d’identité ».

Pour qu’il attire l’œil, un titre doit se détacher d’une manière ou d’une autre. Tu n’as pas besoin de faire quelque chose de super original, mais simplement de le rendre un peu moins classique. Pour les séries pour enfants, les auteurs choisissent généralement d’inclure le nom de leur personnage dans le titre de la série ou alors de se concentrer sur l’élément important qui va rythmer la série. Ex : dans La guerre des clans, une série qui suit des chats sauvages dans leur quotidien, ce sont les combats entre les différents clans qui reviennent chaque tome, le titre général de la série se réfère donc à ça. Je pense qu’en te penchant sur ce type de solutions, tu trouveras un titre plus parlant, un titre qui portera la couleur de ton texte.

Pour ce qui est du titre du tome, « Les années Landon », à nouveau il pourrait correspondre à plein de textes. Pour le premier tome d’un roman, on attend que le titre donne une idée de l’univers. Si le premier tome de Harry Potter s’était appelé « Harry Potter à Poudlard », on n’aurait pas compris dès le titre qu’on se retrouverait dans un univers de sorciers, alors que c’est le point central du tome. Sans lire le résumé, on doit pouvoir deviner que tu vas nous plonger dans l’univers de la magie. Attention par contre à ne pas trop te rapprocher de titres déjà existants, pour éviter toute comparaison.

Le résumé

Tu ne nous as pas fourni un vrai résumé de 4ème de couverture, donc j’ai un peu du mal à m’exprimer sur le résumé de ton tome. Néanmoins, je vais te donner des conseils pour l’écriture d’un véritable résumé qu’on trouverait en 4ème de couverture d’un roman. Pour commencer, on évite de rappeler au lecteur qu’on est dans un roman en écrivant des choses comme « l’histoire se passe ». Il faut aussi jouer un peu plus sur la subtilité : tu n’as pas spécialement besoin de dire à quelle époque se déroule le livre dans ton résumé, on le comprendra en lisant. Aussi, les formulations comme « dans le même monde que nous » sont à proscrire. Dans ton cas, tu peux simplement décrire Linda comme une française, par exemple. Il faudra également jauger les informations utiles ou non, pour que le résumé soit court et attractif, sans en dire trop. Typiquement, il ne faut surtout pas lever le doute sur les véritables parents de Linda dès le résumé, car ça va gâcher toute la surprise à tes potentiels lecteurs. Tu vois ce que je veux dire ?

J’ai aussi repéré une incohérence entre ton résumé et ton texte : dans le résumé pour le tome 1, tu nous dis que cet ouvrage raconte les quatre ans de Linda à Landon, or, en France, l’école primaire se fait sur cinq ans, et tu dis également dans le texte que ça se déroule en cinq ans. Il faut faire super attention à ce genre de choses, car ça te décrédibilise aux yeux du lecteur.

Cohérence dans l’enchaînement des événements et crédibilité, les intrigues et leurs imbrications

De manière générale, ton scénario fait vraiment beaucoup penser à celui de Harry Potter. C’est un type de déroulement qui est aujourd’hui assez classique, mais dont il va falloir te détacher pour réussir.

Trop de ressemblances avec Harry Potter et manque de crédibilité

On commence le chapitre 1 en découvrant que Linda, une enfant de 5 ans, sera le héros de ce monomythe : c’est elle qui sauvera le monde. En somme, elle est comme Harry Potter, mais ce point-là n’est en rien gênant. Pourquoi ? Simplement parce que le monomythe, c’est quelque chose d’assez classique dans la littérature : on a un personnage qui est l’élu et est voué à sauver le monde, il sera accompagné de ses amis et réussira sa quête à la fin de la série. Tu peux rester sur ce schéma classique, qui conviendra très bien à un public jeune, mais il va falloir que tu changes drastiquement le déroulement de tes événements, car pour l’instant tu suis clairement la trame Harry Potter.

En effet, rien que pour le début, c’est très similaire. Dans Harry Potter, Poudlard envoie des dizaines de lettres d’admission chez l’oncle et la tante de Harry, car ils sont déjà au courant de l’existence du monde de la magie. Comme Poudlard n’a pas de nouvelles d’Harry, ils envoient Hagrid le chercher. Là, on a le même schéma, à la différence près que Henry doit se déplacer pour « embobiner » la famille Brad et faire venir Linda dans son école. Cette ressemblance frappante ne poserait pas forcément problème si les événements étaient crédibles aux yeux du lecteur, ce qui n’est pas le cas ici. Ton public est jeune, tu le situes environ entre 8 et 12 ans, si je ne me trompe pas, mais être jeune ne veut pas dire croire en ce qu’on lit peut importe comment c’est raconté. Désolée de comparer à chaque fois avec Harry Potter – je n’ai pas le choix si je veux t’expliquer comme il faut – mais dès le début du tome 1, on voit Hagrid déposer le bébé devant la porte de la maison de son oncle et sa tante, d’où le fait que Poudlard sache où trouver le garçon. Dans ton texte, tu nous fais un suspense inutile sur la manière dont Henry a su qui et où était Linda, qui décrédibilise la scène. On se demande tellement comment il a su qu’on n’arrive pas à y croire, et je pense que ton public, aussi jeune soit-il, sera gêné par tout ça.

Ensuite arrive le moment qui a réellement entaché la crédibilité de ton texte : le passage chez la famille Brad. Pour commencer, tu nous dis que Linda aura 6 ans dans quelques mois, ce qui signifie qu’elle va entrer en CP à 5 ans. Or, en France on entre au CP à 6 ou 7 ans, (un élève qui entre au CP à 6 ans aura 7 ans en maximum décembre), à moins d’avoir un an d’avance. Est-ce le cas pour Linda ? On n’en sait rien, et du coup tes lecteurs, qui à cet âge-là font vraiment attention à l’âge, justement, ne vont pas comprendre. Ils ne vont pas se retrouver en ton personnage. J’ai trouvé un peu gros qu’elle soit en train de jouer dehors sans surveillance avec son petit frère de 3 ans alors qu’elle a cinq ans, également.

Ce qui me pose problème du côté de ce passage, c’est la façon dont tu mènes la chose : avec des clichés et beaucoup d’exagération. En effet, l’histoire du « votre fille est un génie, on veut la faire entrer dans notre école pour les gens surdoués » (je caricature un peu, mais au fond c’est ça qui est dit), je trouve que ça fait cliché et pas vraiment crédible en France. N’importe quel parent trouverait louche qu’un homme vienne les voir chez les grands-parents (comment il a su qu’elle était chez ses grands-parents d’ailleurs ?) pour leur annoncer quelque chose comme ça, qui plus est une semaine avant la rentrée, alors que normalement à cette époque les inscriptions sont déjà finies. De plus, Henry Delepierre parle de « taux de réussite ». Mais… c’est quoi un taux de réussite pour une école primaire ? Ce point-là entache à nouveau la crédibilité. On apprend ensuite que Linda a fait brûler quelque chose par magie, lorsqu’elle était énervée, et qu’on l’avait réprimandée, mais… personne n’a été choqué qu’elle réussisse à faire ça ? A nouveau, ce n’est pas crédible. Et on se demande bien comment Henry a pu savoir qu’elle avait fait ça.

Continuons avec l’enchaînement des événements. Comme dans Harry Potter, on retrouve le côté « non, on refuse qu’elle/il aille dans cette école », suivi de « l’acceptation ». Dans l’œuvre de J.K.R, l’oncle et la tante sont forcés d’accepter parce qu’Hagrid vient récupérer Harry, ils n’ont donc pas leur mot à dire, mais dans le cas de ton texte, on se retrouve dans une situation où on ne croira pas en ce qu’il se passe. Il y a plusieurs raisons à ça.

  1. Henry, qui ne devait pas avouer l’existence de la magie à des non-sorciers, change d’avis quelques minutes plus tard et va même jusqu’à montrer la magie aux parents et leur faire « visiter » Landon.
  2. Le grand-père qui sort avec un fusil et menace Henry avec, sur ordre de la mère de Linda, c’est vraiment trop exagéré.
  3. En deux secondes, tout le monde change d’avis et personne ne réagit à l’existence de la magie, alors que c’est tout de même quelque chose d’assez choquant. C’est incohérent, et du coup on n’a plus envie d’y croire. Je pense qu’un enfant de 12 ans sera tout aussi critique que moi face à cela. (Je reparlerai de ce problème de réactions dans la partie personnages)

Je te parlerai d’une solution possible à ce problème dans la partie Univers.

Après ce passage chez les Brad, on a à nouveau un gros rappel à Harry Potter : c’est un professeur qui emmène Linda chercher ses fournitures scolaires dans une rue dédiée à ça et réservée aux sorciers. C’est exactement la même chose que pour Harry Potter, et les événements se déroulent en plus dans le même ordre.

Viens ensuite le passage à l’école, où, comme par hasard, la mère de Linda parle fort et prononce son prénom. Tout le monde se retourne vers elle, parce qu’ils ont entendu le prénom Linda : à nouveau, c’est trop Harry Potter. Tu nous refais la même chose lorsque qu’Hélène fait l’appel en classe, et les mêmes images vont revenir en tête à tous les lecteurs : celle de Harry Potter, qui reste un classique même chez les plus petits aujourd’hui (mon neveu est un grand fan alors qu’il n’a que 8 ans !).

Une fois que Linda s’est fait des « amies », on a l’arrivée de Malfoy version féminine, avec ses deux acolytes. Ils sont trois, comme le groupe de Malfoy, et à nouveau, dans ton texte, on ne peut que faire le rapprochement. Malheureusement, ta version est bien moins crédible : on a du mal à croire qu’une personne qui a redoublé le CP (c’est déjà vachement rare en plus) fasse la loi dans une école primaire. Je n’aurais rien dit si elle avait été en CM1 ou CM2, mais là c’est trop gros, vraiment. D’autant plus que tes lecteurs savent parfaitement comment ça se passe dans une cour d’école aujourd’hui.

Dernier élément qui rappelle bien trop Harry Potter : la fin du chapitre 5. Les enfants se retrouvent coincés dans une salle, ce qui rappelle un peu le passage de Harry Potter où ils vont devoir jouer à un jeu d’échecs géant. On a un énorme rappel à la chambre des secrets avec Linda qui entend une voix qui la guide, et elle seule peut l’entendre, en somme, c’est comme quand Harry entend la voix de Tom Jedusor, et est le seul à pouvoir l’entendre.

Bref, comme tu l’auras compris, tes événements suivent bien trop le déroulement de Harry Potter, et ressemblent énormément à ce qu’il se passe au début de la série. Même pour moi qui ne suit pas une très grande connaisseuse de Harry Potter, ça me saute aux yeux. Il faut absolument que tu te détaches de ça : une réécriture complète des premiers chapitres va malheureusement être nécessaire. Cette forte ressemblance va vraiment te porter préjudice, et on n’est pas très loin du plagiat… En plus, les manques de crédibilité et les grandes exagérations comme les personnages qui se sautent dessus pour se frapper dès qu’ils se croisent rendent ton texte peu réaliste aux yeux du lecteur, même jeune.

Les intrigues : évidence ou mystère complet, il faut trouver le juste milieu

Ce qui m’a vraiment frappée dans cet incipit, c’est ta manière d’exploiter tes intrigues. On retrouve les deux extrêmes : soit tout est tellement visible qu’on a la réponse dès ces premières pages et l’intrigue en devient inutile, soit tu ne nous dis rien du tout et cela empêche les lecteurs de comprendre, et donc de trouver crédible ces passages.

Commençons donc par l’intrigue évidente : les parents de Linda. Tu nous lances cette intrigue presque au début de l’incipit, avec le comportement clairement paternel/maternel de Laurent et Hélène vis-à-vis de Linda, qui est d’ailleurs vraiment déplacé dans le contexte de ton roman (je t’expliquerai ça dans la partie relations entre les personnages, #teasing). Dans l’incipit, tu appuies tellement sur le fait qu’un sorcier ne peut pas être issu de deux parents non-sorciers qu’on est forcé de comprendre directement que la famille Brad a en fait adopté Linda (comme dans Harry Potter, d’ailleurs, à la différence que cette famille est aimante). D’ailleurs, la manière dont tu mènes cette intrigue est vraiment maladroite, car à chaque fois tu crées des moments qui n’ont en réalité pas lieu d’être pour pouvoir la faire intervenir. Je me réfère principalement au passage dans la Rue Enchantée où Linda rencontre Chloé-Anne et lui demande directement lequel de ses parents est sorcier… mais cette enfant vient de découvrir le monde magique et n’a aucune idée de l’importance des parents pour l’hérédité de la magie, donc pourquoi demanderait-elle ça ? Cette scène fait très forcée, on sent qu’elle est juste là pour faire avancer ton intrigue. De manière générale, le traitement de cette intrigue manque vraiment de subtilité.

À contrario, sur l’intrigue autour de Linda, tu fais trop de suspense. Un suspense à mon sens pas justifié, car il dessert ton texte : au lieu de nous donner envie de lire la suite, il nous empêche de croire en ton texte. Comme on ne comprend pas comment Henry peut savoir où était Linda, on n’y croit pas. Puisqu’on ne sait pas pourquoi tout le monde connaît Linda, ce qu’elle a de spécial, on n’y croit pas non plus. Dans Harry Potter, dès que quelque chose comme ça est sous-entendu, on a la réponse. On sait dès le début que c’est Hagrid qui emmène l’enfant chez la famille adoptive, il a une marque sur le front qui le rend spécial et reconnaissable entre tous, et on sait très tôt d’où sort cette marque et pourquoi Harry est aussi connu : il a survécu à une attaque de « tu-sais-qui ». De ton côté, on ne sait rien, alors qu’on aurait besoin de savoir. Mener une intrigue tout au long d’un texte sur ce genre de choses est contre-productif, surtout pour un public jeune qui aura besoin d’avoir des réponses assez tôt pour ne pas sauter des pages pour chercher la réponse.

D’ailleurs, je pense que tu gagnerais à sortir un peu de ce schéma basique propre au monomythe, qui est devenu cliché et emblématique grâce à Harry Potter. En effet, dans ce genre de textes, on a un élu qui va sauver le monde, et tout le monde le connaît parce qu’il est l’élu. Mais pourquoi ne pas essayer de changer un peu ? On peut avoir un monomythe sans garder le cliché du « tout le monde le connaît partout dans le monde et du coup il faut le protéger des méchants ». Ce serait plus surprenant d’avoir un personnage qui se fait connaître au travers de ses exploits, plutôt qu’un personnage déjà connu de tous. Je te conseille vraiment de te tourner vers des intrigues plus originales, si tu veux garder un scénario classique (ce qui ne pose aucun problème si on arrive à donner sa couleur à un livre avec des personnages originaux, un univers bien travaillé).

Prise de risque

S’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas nier, c’est que tu as pris de gros risques, non pas du côté du scénario, qui est très classique car calqué sur Harry Potter, mais du côté du public visé. En effet, les enfants sont certainement le public le plus complexe. Lorsqu’on écrit pour eux, on n’a plus leur âge et c’est donc difficile de réussir à s’adapter à leur besoin en termes de style et de lecture. Pour un premier roman, se lancer là-dedans est vraiment très difficile, et je pense que c’est un peu dangereux car tu ne sembles pas vraiment maîtriser l’écriture pour les écoliers. Tu as plusieurs solutions pour corriger ce problème : changer de cible ou t’améliorer grâce à des recherches approfondies sur la littérature enfant.

La première solution, ce serait donc de changer de public. Mais je te parlerai de ça plus en détails à la fin de ma critique, car ça ne concerne pas seulement ton incipit mais tout le déroulé de ta série, que tu nous as rapidement présenté.

La seconde solution, c’est l’analyse de livres pour enfants, et dans ton cas de séries de romans principalement, car la construction d’un one shot est complètement différente de celle d’une série, donc ça ne t’aiderait pas autant. Essaie de lire les séries qui sont aujourd’hui connues des plus jeunes, et de reprendre des séries comme Harry Potter, Magyk, pour comprendre comment ils sont construits et surtout comment les intrigues sont exploitées. Contrairement à ton texte, dans ces séries, on nous donne en temps et en heure ce dont on a besoin pour comprendre, et les réponses aux intrigues ne sont pas aussi évidentes que celle sur les vrais parents de Linda, par exemple. Il faut vraiment que tu analyses des choses existantes pour comprendre la mécanique du livre pour enfants, et te détacher des scénarios déjà utilisés pour trouver le tien, en suivant les règles de développement des intrigues.

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2 • Maladresses, copies et manque d’approfondissement

Richesse, complexité, crédibilité de l’univers

Au niveau de l’univers, j’ai trouvé du bon, même si maladroit, et du pas bon du tout. On m’a toujours dit qu’il fallait commencer par les mauvaises nouvelles, donc je vais d’abord te parler des points négatifs.

Comme pour le scénario, une grande partie de ton univers n’est en fait pas à toi : l’inspiration par Harry Potter est beaucoup trop visible. Je ne parle pas là du fait d’avoir des écoles de sorciers, car c’est tout à fait classique, apprécié, et exploité dans beaucoup de romans fantastiques ou de fantasy, mais plutôt de tous les petits détails pour lesquels on ne peut s’empêcher d’imaginer l’univers d’Harry Potter. Pour commencer, on a la lettre qui parle (trop typique de Harry Potter ça, je dirais même que ça a donné lieu à un passage culte de la série), ensuite, on a le bois ensorcelé, qui rappelle énormément le lieu où les sorciers vont pour se téléporter (je ne connais pas assez bien l’univers de Harry Potter pour te dire le nom du lieu), avec toutes les cheminées. On fait facilement le rapprochement entre le mécanisme de ton mur de téléportation, avec les couleurs changeantes, et la poudre jetée + prononciation du lieu dans la série de J.K.R. De plus, le mur en briques est vraiment devenu typique avec le mur de la gare qui permet de se téléporter, donc là aussi, on a une autre image en tête. Avec la rue enchantée, on imagine à nouveau la rue où Hagrid emmène Harry pour acheter ses fournitures. La tenue que tu as choisie comme uniforme de Landon, pour moi c’est la tenue de Harry Potter.

Mis à part la couleur de la cravate et les bottes, ta description colle parfaitement. La cape de sorcier, c’est un classique donc personne ne te le reprochera, mais pour le reste, tu es trop proche de Harry Potter. Pourquoi ne pas bouleverser un peu les habitudes et inventer une tenue complètement différente, qu’on n’aura jamais vu chez des sorciers pour le moment, quitte à te rapprocher des mages ? Je t’invite à te tourner un peu du côté des jeux vidéo, car c’est un domaine où les graphistes ont tendance à pas mal innover. Je pense que t’inspirer dans une moindre mesure de ce que tu pourras trouver là-dedans te serait grandement utile.

On ne peut pas non plus éviter de penser à Harry Potter lorsque tu nous expliques qu’au guichet du bois ensorcelé, ce n’est pas un humain mais une créature : c’est un peu comme à la banque dans Harry Potter, où ce sont des elfes qui tiennent les guichets. Avec le déroulement du scénario mis en parallèle, on ne peut que penser à cette scène. Plus loin, on se retrouve aussi avec les photos et tableaux qui sont animés (dire qu’ils « bougent » m’a paru peu adapté au niveau du vocabulaire, soit dit en passant), à nouveau on pense Harry Potter. Avec les cahiers qui font du bruit, on pense aux farces et attrapes des jumeaux, etc. Il me semble également que tu fais référence à Landon en parlant d’un château, comme Poudlard. Seule, cette information ne serait pas gênante, mais au milieu de tout ce qui ressemble déjà, le lecteur verra encore une copie. Mais le détail qui m’a vraiment marquée… c’est la cantine.

Voici la description que tu nous fais de la cantine de Landon : « La cantine était vraiment très grande, il y avait des tables de tailles différentes et juste en face d’elles, se trouvait une estrade sur lequel était disposée la grande table des professeurs. »

Ce qui rappelle vraiment Harry Potter, c’est ce côté « estrade » avec une « grande table » pour les professeurs. L’image que j’ai eue dans la tête à ce moment-là, c’est celle que tu peux voir à droite.

Tu l’auras compris, une grande partie de ton univers est trop calquée sur Harry Potter, et à nouveau ça va te porter préjudice.

Malgré tout, tu as également essayé de te créer ton propre univers, avec l’histoire des cristaux et des jumeaux. Pour le moment, elle n’a rien de très original : en effet, on voit assez souvent ce genre d’histoires avec une famille qui se déchire à cause du pouvoir, où on a des objets spéciaux, etc. ; mais malgré tout, ce côté de ton univers est bien plus intéressant que ce que tu as pris dans Harry Potter pour le remettre à ta sauce. La vraie identité de ton univers, c’est ça, et je pense que tu devrais le creuser et le travailler bien plus que ça. En réalité, ton histoire devrait même tourner autour de ça dès le début. Par exemple, au lieu de nous expliquer cette histoire dans un prologue bien trop dense en informations (je t’en reparlerai très bientôt de ce point), tu pourrais en fait en faire l’intrigue de ton texte côté univers. Linda pourrait avoir en sa possession un cristal depuis sa naissance, par exemple, qu’on lui aurait offert sous une certaine forme (collier, broche, bracelet, etc.) sans qu’on sache ce qu’est ce cristal. Ou alors, ce serait carrément elle qui serait attirée par un objet contenant ce cristal alors qu’elle fait des emplettes. Tu pourrais alors créer toute une intrigue autour de ça. Pour éviter de suivre un schéma classique de recherche d’artefacts comme on trouve dans beaucoup de séries, et notamment Harry Potter, tu pourrais faire en sorte que les cristaux trouvent naturellement propriétaires en des personnes spéciales, etc. Il y a des dizaines de manière d’exploiter cette histoire de cristaux, qui seront originales. À toi de réfléchir à ce que tu veux en faire, et de créer quelque chose qui surprendra ton lectorat !

Néanmoins, j’ai trouvé qu’il y avait un hic dans ce côté de ton univers. En effet, tu nous dis que les cristaux sont donnés aux héritiers d’une certaine famille, mais que les pouvoirs se transmettent par le sang, donc pourquoi ont-ils besoin de cristaux, du coup ? Ce n’est peut-être pas bien expliqué dans le texte, mais ce point est resté flou à mes yeux malgré mes multiples lectures. Aussi, tu dis à un moment que tout le monde a exactement les mêmes pouvoirs, mais dans ce cas, à quoi servent les cristaux et pourquoi attirent-ils la convoitise du frère ? Je pense que tu t’es mélangée les pinceaux dans tes explications, et du coup ce n’est pas clair pour un lecteur (si c’est pas clair pour moi qui suis adulte, j’ai peur que les petits aient du mal). Aussi, à la page 2, tu donnes une explication sur la surpuissance des descendants, mais je n’ai pas vu en quoi elle justifiait cette surpuissance, justement. Il faut que tu sois très attentive sur ces points pour rendre ton univers cohérent et crédible aux yeux des lecteurs.

Enfin, comme Spline représente plusieurs choses à la fois, ça va être compliqué à assimiler pour des lecteurs jeunes… J’ai aussi eu un peu de mal avec les noms que tu donnes aux magasins et au livres scolaires, de manière générale. On sent que tu as voulu faire des jeux de mots, mais je trouve ça un peu lourd, je ne saurais pas t’expliquer pourquoi, en revanche, il s’agit vraiment de mon ressenti. Dernière petite chose, appeler des sorciers très puissants les « sorciers surpuissants », je pense que tu pourrais trouver un vrai nom plus spécial et original, car là ce n’est vraiment pas terrible. Il faut que tu oses !

Un dernier petit point que je souhaite aborder, c’est la liste de fournitures. Je vais te la commenter directement pour que tu vois les problèmes :

« Voici ci-dessous la liste des fournitures scolaires :

– Un uniforme pour enfant, chemise blanche, cravate noire, jupe, bottes,

manteau pour l’hiver, cape de sorcier, gilets…etc. (je l’ai déjà dit, mais ça ressemble trop à l’uniforme de Poudlard)

– Nous vous informons que les baguettes sont interdites à l’intérieur de l’établissement. (je ne comprends pas ce qu’une règle comme ça vient faire dans une liste de fournitures, ça a plutôt sa place dans le règlement intérieur de l’école)

– Livre de lecture première année : “La lecture tout un art”

– Livre d’écriture première année : “Plumixo”

– Livre de mathématiques première année : ” Maths pour les petits”

– Livre de Magie première année : “C’est la première fois”

– Livre de potions première année : ” Vive les potions !” (de manière générale, les noms des livres ne sont pas terribles. Tu as voulu donner un effet rigolo, mais je suis sûre que tu pourrais faire bien mieux)

– Chaudron en métal exclusivement (le mot exclusivement fait penser à nouveau qu’il s’agit d’une règle)

– Trousse avec stylos, crayons, gommes, feutres, etc.

– Cahiers de lecture, d’écriture, de potion, de mathématiques et de magie. (pourquoi rappeler les matières ? Tu as simplement besoin d’écrire « cinq cahiers ») »

Imprécisions ou surplus d’informations

De manière générale, tu as tendance à très mal équilibrer les informations que tu donnes. Parfois, on en a trop d’un coup, et parfois tu fais passer des choses qu’on aimerait savoir complètement à la trappe.

Mauvais choix = un lecteur frustré

Assez souvent dans ton texte, tu coupes des parties qui peuvent intéresser le lecteur pour appuyer sur des choses qui pourraient nous paraître futiles, à comparer. L’exemple le plus frappant dans ton texte, c’est le passage sur le discours du directeur, que tu sautes complètement pour simplement nous parler d’un concert, dont on ne sait absolument rien, du coup on ne comprend pas bien pourquoi tu appuies dessus, et on est frustrés de ne pas avoir vu la partie sur le déroulement de l’année scolaire. En effet, ça aurait permis au lecteur de pouvoir comparer ton école de magie à une école classique.

Tu refais la même chose tout au long des chapitres 4 et 5, qui se passent à l’école. On s’attend à voir le côté magique de ton école, mais tu coupes complètement les cours de magie. À cause de ça, on a l’impression d’être dans une école complètement classique et on perd l’ambiance magique qui fait rêver, qu’on retrouve notamment dans Harry Potter ou Magyk.

De la même manière, tu passes vraiment vite sur l’histoire du dortoir, au point qu’on ne sait même pas si Linda y est ou si elle rentre chez ses parents le soir.

Trop d’informations = un lecteur noyé

À nouveau, chez toi, on retrouve les deux extrêmes : soit tu n’en dis pas assez, soit tu en dis trop. Tu vois toutes les informations que j’ai relevées dans le premier tiret de cette partie sur l’univers ? Eh bien, plus des trois quarts de ces informations sont condensées dans les 18 premières pages de ton texte. C’est vraiment beaucoup trop, surtout pour des enfants ! Tu devrais essayer de lire un roman pour enfants et de recenser les informations qui apparaissent dans l’incipit, puis les comparer à ton texte, ça te donnerait une bonne idée de la quantité que tu as en trop.

Aussi, tu fais souvent de gros passages descriptifs sur les informations que tu rajoutes : pour des jeunes lecteurs, ça va être difficile à suivre. Pour la plupart, ils aiment avoir le strict nécessaire en temps et en heure. Attention donc au surplus d’informations dans ton texte.

Donne-t-il envie de continuer la lecture ?

Ton univers ressemble tellement à celui de Harry Potter que finalement, on se demande pourquoi on aurait besoin de continuer la lecture si on connaît déjà ce qui est exploité dedans grâce à d’autres livres. Pour l’instant, ton univers manque d’identité propre et tes lecteurs auront donc du mal à le trouver intéressant, puisqu’ils ne découvrent pas grand-chose.

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3 • Des Relations gênantes ou peu crédibles

Crédibilité, cohérence des personnages

 La plupart de tes personnages sont vraiment caricaturaux et exagérés, ce qui les rend relativement peu crédibles. Je te propose de commencer par les personnages dont on entend le plus parler, puis on passera aux personnages moins présents qui restent tout de même importants.

Commençons par Linda : si je ne me trompe pas, on n’a pas beaucoup (voire pas du tout ?) de description physique sur elle, on a donc un peu de mal à l’imaginer. Or, quand on est dans le cas d’un monomythe, le point central du roman c’est le personnage principal : on ne peut donc pas se contenter d’une « madame tout le monde » (c’est comme ça qu’on appelle les personnages peu décrits dans le but que le lecteur puisse l’imaginer comme il veut). Il faut que tu nous donnes les caractéristiques de ton personnage, au fur et à mesure, pour lui donner une identité physique, à nouveau, on en revient à cette histoire d’identité, tu vois. Pour ce qui est de son caractère, on sait qu’elle est curieuse et qu’elle a une vision de la justice assez forte, peut-être un peu trop pour une enfant. Je trouve que tu as plutôt bien représenté la curiosité enfantine, avec une jeune fille qui pose beaucoup de questions innocentes. Là où le bat blesse, c’est plutôt du côté de ses réactions : par exemple, le fait qu’elle décrète qu’Hélène est sa prof préférée alors qu’elle l’a vue l’espace de quelques minutes, c’est un peu exagéré. La plupart des enfants de cet âge-là sont assez méfiants envers les adultes, et c’est d’ailleurs comme ça que j’imaginais Linda, au vu de son comportement quand elle rencontre Henry. Aussi, ce personnage est vraiment incohérent dans les premiers chapitres du texte : elle passe en quelques secondes de « la magie ça existe pas, je veux pas venir à Landon ! » à « ouah, de la magie ! Je veux aller dans cette école ! ». Tu vois ce que je veux dire ? Il manque une période de transition. D’ailleurs, et cela vaut aussi pour les parents, l’existence de la magie n’a choqué aucun d’entre eux. Personne n’en a peur, personne ne trouve ça bizarre, etc., c’est peu crédible… En réalité, je pense que tu gagnerais beaucoup à créer un univers ou les non-mages sont au courant de l’existence de la magie et cohabitent réellement avec les sorciers.

Ensuite, il y a son détachement par rapport à ses parents. Elle a l’air d’être élevée par une famille aimante, on attend donc d’elle qu’elle accorde de l’importance à ses parents et à son petit frère. Or, la famille est complètement évincée à partir du moment où Linda commence l’école : ce n’est pas un comportement de petite fille choyée ça, et ça porte un message assez négatif. Comme on ne sait pas si elle est en dortoir ou pas, je vais parler des deux possibilités. Si elle est en dortoir, on ne comprend pas que ses parents ne lui manquent pas, surtout qu’elle est très jeune, à cet âge-là, on pense beaucoup à nos parents dans les moments où ils devraient être avec nous. Si elle n’est pas en dortoirs, il est important que tu nous montres ses interactions avec sa famille : ses parents devraient s’inquiéter par rapport à ses journées, lui demander si ça se passe bien à l’école, etc., d’autant plus qu’ils l’envoient au milieu de sorciers, alors que c’est un monde auquel elle n’est pas habituée.

Chloé-Anne : je n’ai pas grand-chose à dire sur elle parce qu’au final elle est plutôt en arrière-plan, elle me fait un peu penser à Hermione dans sa manière d’être et d’agir.

Alisson est l’archétype de l’enfant qui vole au secours des autres à tout moment, mais je trouve ça très exagéré qu’elle se batte à chaque fois, et caricatural à nouveau. Avec son acolyte Max, ils font les quatre cents coups, comme tu le dis : mais… très peu d’élèves se permettraient de faire ce genre de choses à l’école. Il y en a, mais en principe, ils ne recommencent pas deux fois. Là, tu nous dis même qu’ils se sont fait renvoyer et qu’ils en étaient contents. À nouveau, je vais te reparler de la famille : quand un enfant se fait punir, il a droit à une double punition par les parents, donc il semblerait plus logique que tes deux personnages se soient bien fait réprimander et regrettent énormément d’avoir fait ça. J’y vois encore une fois un message négatif.

Un autre personnage qui est excessif, c’est Henry. Dans ses réactions, il semble en fait presque moins mature que les enfants. Il me fait penser à Rogue, dans sa manière d’agir avec les élèves, violence mise à part. Quant au lecteur, ce n’est pas qu’il va détester Henry, mais plutôt qu’il va être agacé par son comportement, car ses réactions ne sont jamais justifiées. Pour un directeur d’école primaire, ce n’est vraiment pas sain d’avoir un comportement aussi belliqueux et colérique face à des enfants. On attendra d’une personne comme ça qu’il réagisse avec calme et autorité. Là, ton personnage manque vraiment de prestance, il a presque l’air ridicule, tant tu le décrédibilises, et je trouve cela dommage. On peut faire un personnage sombre et exécrable sans tomber dans de tels excès. De plus, tu ne nous montres que des mauvais côtés chez ce personnage, n’en a-t-il pas de bons ?

Enfin, on tombe dans les mêmes penchants avec Elisabeth et sa bande, qui sont uniquement mauvais, et ce avec tout le monde. Ils font beaucoup penser à la bande de Malfoy, mais tu as préféré les rendre méchants grâce à la violence, ce qui, à mon avis, ressemblerait plutôt à un comportement d’adolescents rebelles.

Représenter des enfants, c’est quelque chose de très complexe lorsqu’on est adultes, et je pense que c’est un travail monstre de créer correctement des personnages aussi jeunes. Analyser le comportement d’un enfant, c’est vraiment difficile et pour un premier roman, c’est un sacré défi. Pour le moment, j’ai trouvé que le comportement de tes personnages était parfois trop enfantin, et parfois pas assez. Par exemple, tu as l’air de beaucoup faire discuter tes personnages pendant les récréations, mais si tu passes à côté d’une école primaire dans ce genre de moments, tu verras que les plus petits se mettent très rarement dans des coins pour juste discuter. Les élèves de CP passent rarement une récréation à faire autre chose que jouer. De ce fait, tes personnages ne sont pas représentatifs des enfants de nos jours.

En conclusion, tes personnages manquent de crédibilité, de cohérence, mais aussi de travail. Ils ont une caractéristique et s’y tiennent, et ils sont soit super méchants, soit tout gentils. Ce n’est pas le genre de choses qu’il faut montrer aux enfants. Ce qui m’amène aux messages portés par les personnages. Je pense que tu t’es lancée dans un projet vraiment complexe, en choisissant de représenter des enfants aussi jeunes.

Messages et symboliques

Si on creuse un peu au niveau des messages que font passer tes personnages, on se retrouve face à quelque chose de vraiment négatif. En effet, Alisson et toutes les bêtises que tu nous montres au travers d’elle, risque de faire penser aux enfants qui te lisent que ce n’est pas grave de recevoir des punitions et qu’on peut continuer à faire n’importe quoi, sans jamais retenir la leçon. Ce n’est pas un bon message à transmettre à des jeunes enfants, même si c’est pour donner un peu d’humour à ton texte.

Ensuite, il y a une autre symbolique qui s’exprime au travers de tes personnages, certainement sans que tu l’aies voulu : il s’agit du bien et du mal. Comme tes personnages sont soit gentils, soit méchants, tu transmets un très mauvais message aux jeunes, qui ont justement besoin de voir qu’une personne peut parfois avoir l’air méchant pour de bonnes ou mauvaises raisons, par exemple. Il faut que tu te détaches un peu de ce côté noir ou blanc, pour nuancer un peu tes personnages et exprimer de meilleurs messages.

Les relations entre les personnages

Du côté des relations, on a un gros manque de crédibilité et un problème de « rapidité ». En effet, de manière générale, tu as tendance à faire en sorte que tout aille trop vite entre tes personnages, ce qui nous empêche de vraiment croire en tes relations, qui paraissent alors exagérées.

Pour commencer, la relation de Linda avec ses amis se crée trop rapidement, à mon humble avis. Chloé-Anne devient directement proche d’elle, alors qu’elles n’ont pas le même âge et qu’elles n’ont pas eu le temps de réellement découvrir le caractère des autres. L’école primaire est certainement le moment de nos vies où la barrière de l’âge est la plus marquée. Un an, pour un enfant de 7 ans, c’est absolument énorme, c’est pour ça qu’à l’école, les enfants ont tendance à rester avec des gens qui ont le même âge qu’eux, et le plus souvent avec des élèves de leur classe. Le fait que Linda arrive à entrer directement dans un cercle de personnes plus âgées qui se connaissent déjà, aussi rapidement, est donc difficile à croire. On a encore plus de mal à s’imaginer qu’une élève de CE1 soit prête à prendre le risque de se faire blesser puis réprimander par le directeur pour une enfant qu’elle vient de rencontrer. Je pense qu’il faut que tu essayes de comprendre un peu plus la vision de l’amitié par les enfants, car en fait à cet âge-là, les enfants tiennent beaucoup à ce concept. Ils font une grande distinction entre les gens avec qui ils restent : il y a ceux avec qui ils jouent simplement, et ceux à qui ils tiennent. Et un enfant, même s’il considère facilement quelqu’un comme son ami, ne le fera pas au bout de quelques minutes.

On a la relation inverse avec Alisson et Max, que tu décris comme des meilleurs amis. À cet âge-là, quand on a un meilleur ami, on ne le quitte pas d’une semelle. J’ai donc trouvé assez peu crédible que Max n’arrive qu’à la fin de la semaine dans le groupe (ça nous donne l’impression que tu l’as fait rester loin pendant ce temps juste pour pouvoir faire la scène où il « sauve » Linda, et créer l’intérêt amoureux entre ces personnages).

Pour finir, il y a une relation que j’ai trouvée particulièrement « gênante » dans ton texte, c’est celle entre Linda et ses professeurs, Hélène et Laurent. Comme je te le disais plus tôt dans ma critique, on sent clairement que leur comportement traduit un lien de parenté entre ces personnages. Or, ce sont des professeurs, et tu ne peux pas agir avec ton élève comme tu le ferais avec ta fille. J’ai d’ailleurs plus souvent vu les profs parents être plus stricts avec leurs enfants qu’avec les autres élèves, à l’école. De ce fait, tu représentes une relation prof-élève qui pourrait presque paraître malsaine. Qu’un professeur appelle son élève « ma puce », « ma chérie », ce n’est pas normal, même si ce sont des enfants : c’est une frontière à ne pas franchir. Il en va de même avec les contacts physiques : qu’un professeur prenne son élève sur ses genoux, c’est contraire à l’éthique une fois qu’on arrive en école primaire. Mais ce n’est pas la seule relation élève-professeur qui n’est pas normale : il y a aussi le comportement d’Henry. À l’époque où se déroule ton texte, toute forme de violence envers les élèves est proscrite, donc tirer sur le bras d’un enfant comme le fait Henry avec Linda parce qu’il est en colère, ce n’est pas normal.

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4 • Des thèmes présents mais à exploiter

Je ne vais pas reparler de l’amitié, du comportement des enfants face à l’autorité ni des notions de bien et de mal, car je pense que je t’ai déjà assez bassinée avec ça.

En revanche, je souhaite évoquer un autre message qui m’a particulièrement déplu. À un moment, lorsque tu parles d’Alisson, tu nous expliques que parce qu’elle est intelligente, elle ne subit pas de grosses conséquences quand elle fait des bêtises. J’ai une question à te poser : est-ce que tu penses que dire à un enfant « tu es intelligent donc on ne t’en tiendra pas rigueur si tu désobéis aux règles chaque jour » est une bonne chose ? C’est ce qui passe au travers de ce que tu dis dans ce passage. Mais à l’école, tu auras beau être aussi studieux que tu le veux, si tu fais n’importe quoi, tu seras renvoyé, point. Il faut faire hyper attention à comment seront interprétés les propos qu’on tient dans un roman, d’autant plus quand on s’adresse à des enfants…

Enfin, le dernier point que je vais évoquer, c’est la famille. Ce thème devrait être exploité dans ton texte, puisque l’une de tes intrigues réside justement sur le fait que Linda a été adoptée, et que ses vrais parents sont sous son nez. Pourtant, à partir d’un certain moment, la famille Brad disparaît complètement, et on dirait presque que Linda les a oubliés. Il faut que tu développes ce thème correctement et j’espère que Linda n’abandonnera pas complètement ceux qui l’ont élevée et aimée. N’hésite pas aussi à exploiter le fait que les vrais parents de Linda aient préféré la confier à quelqu’un d’autre plutôt que s’en occuper eux-mêmes : en apprenant ça, un enfant pourrait se sentir trahi. Si tu veux donner un peu de profondeur à ton texte, il ne faut pas que Linda accepte tout de suite la famille à laquelle elle est liée par le sang.

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5 • Une Forme pas aux normes

Richesse du lexique et style

De manière générale, ton lexique n’est pas très étoffé et ton style manque de maîtrise. Ce n’est pas parce que tes lecteurs sont des enfants que tu dois te contenter d’un vocabulaire simple : c’est en lisant et en parlant avec leur entourage que les enfants enrichissent leur vocabulaire, et ils sont tout aussi capable que nous de demander la définition d’un mot qu’ils ne connaissent pas. N’hésite donc pas à aller plus loin au niveau du vocabulaire, car en plus, tu fais beaucoup de répétitions.

Ton style manque pour le moment de maturité et de maîtrise. Il est très maladroit, et parfois tu te perds en explications qui in fine ne justifient pas forcément ce que tu voulais expliquer. Par exemple, lorsque tu décris la famille de Max, tu dis qu’ils sont très influents dans le monde magique, mais tout ce que tu nous dis sur eux, c’est qu’ils ont un lobby sur les chaînes de télévision et qu’ils gèrent plein d’artistes. Nous, en tant que lecteurs, on ne comprend pas vraiment le rapport entre les deux.

Comme je t’en ai parlé dans la partie univers, tu as aussi tendance à faire de gros pavés de descriptions sur un peu tout et n’importe quoi, et souvent, tu le fais bien avant que la chose en question apparaisse. Les jeunes lecteurs n’aiment pas vraiment ce genre de style, il faut que tu retravailles ça pour correspondre aux attentes de ceux qui te lisent.

Complexité de la structure du récit

R.A.S de ce côté, tu suis un schéma temporel basique sans flashback pour le moment.

La présentation générale

Globalement, ton texte ne suit pas vraiment les règles de présentation d’un roman. Il te manque les alinéas en début de paragraphe, et j’ai vu que tu utilisais des puces en tiret simple pour tes dialogues. Normalement, on n’utilise pas de puces pour les dialogues, car seule la première ligne doit avoir un alinéa, de plus, on préférera les tirets cadratins (—) ou demi-cadratins (–), plutôt que le tiret (-).

Quand on termine un chapitre, on doit faire un saut de page : on ne commence jamais un chapitre en milieu de page à la suite d’un autre. Dernière chose : je n’ai jamais vu un chapitre s’appeler « chapitre 2 bis », je pense que ça ne se fait pas. Il faudrait corriger ça.

Avis général

Bon, comme tu l’auras compris, j’ai trouvé que ton texte ressemblait bien trop à Harry Potter, ce qui m’empêche de vraiment m’exprimer dessus, car pour l’instant il n’est pas vraiment à toi, il ne porte pas ta couleur. Tu y gagneras beaucoup si tu te tournes vers ce qui t’appartient réellement : l’histoire des cristaux.

Malgré ton envie d’adresser ce tome à un lectorat de plus de 8 ans, pour l’instant, le style et la crédibilité de l’histoire ne correspondent pas à ce lectorat. On sent aussi que tu as des difficultés à représenter des personnages aussi jeunes. Ça se ressent dans la façon dont ils sont représentés. Je pense que tu y gagnerais à choisir des personnages un peu plus âgés : même un lecteur de 8 ans aura du mal à suivre l’histoire d’une enfant de 6 ans. D’ailleurs, j’ai vu que chacun de tes tomes s’adressait à un lectorat différent : tu ne peux pas faire ça. Quand on fait une série, soit le personnage grandi au même rythme que les lecteurs (comme Harry Potter), soit il ne change pas d’âge mais s’adresse quand même à la même tranche d’âge (ex : The Mortal Instruments). Tu ne peux pas faire un tome 1 dédié aux enfants de primaire, un tome 2 qui va intéresser les collégiens et lycéens, et un tome 3 qui s’adresse aux jeunes adultes. Une personne de 18 ans aura beaucoup trop de mal à suivre les aventures d’une enfant de 6 ans, et n’ira pas lire ton tome 2 sans avoir lu le 1… Si tu veux vraiment que ta série soit publiée, je pense qu’il faudra la repenser dans son intégralité.

En conclusion, tu as beaucoup de travail devant toi, mais si tu nous rejoins, tu auras du monde pour t’aider : n’aie pas peur de réécrire, si tu aimes ton texte, le voir grandir te fera le plus grand plaisir. J’espère vraiment que ma critique te sera utile et que tu oseras changer en profondeur ton texte. Je te souhaite bon courage pour la réécriture !

Han.Yeon

Sache que ce que fait Han.Yeon dans cette critique n’a rien d’exceptionnel :

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