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En complément de la version audio, retrouvez juste en-dessous la fiche critique plus détaillée à partir de laquelle j’ai réalisé cette vidéo. Bonne écoute et bonne lecture.

Avant-Propos

Salut à toi, Autrice, Auteur, Lectrice, Lecteur ou Curieux, moi c’est Big Brother ! Après un temps d’absence, me revoici pour ton plus grand plaisir.

Sache que ce que je fais dans cette critique n’a rien d’exceptionnelle :

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pencil - critique - correction -scenario

1 • Une histoire déjà (trop) racontée (?)

Un titre… plat

Je vais aller franc-jeu dès le début de ma critique, mais j’aime pas du tout ce titre. Si je peux comprendre l’usage de l’anglais, car on est à Salem au 17e siècle, sur le plan marketing, il me fait penser à toutes les séries de films ou romans dans le genre Conjuring ou films d’horreur. Je vais revenir plus tard sur cette comparaison facile, mais tu t’embarques dans une histoire que beaucoup connaissent déjà alors il faut un titre qui nous accroche. Ou nous donne un indice sur les possibles ajouts que tu fais par rapport à l’histoire originale.

Pourquoi ne pas choisir un titre en oxymore comme Clair-Obscur, car c’est de ça dont parle ton roman dans le fond, au-delà de la magie : comment dans des êtres bons (les religieux, les pieux) se cachent autant de vices que chez les méchants (sorciers et pécheurs) ? D’autant plus que certains passages de ton texte se veulent tout en métaphores ou poétiques. Quant à l’usage du français, il serait cohérent avec le fait que ton héroïne l’est et qu’elle nous conte sa mésaventure.

EDIT du 01/11/19 : en allant sur Wattpad, j’ai trouvé 380 histoires avec ce titre

Un résumé en partie oublié ?

J’aime beaucoup le résumé car on rentre directement dans l’action et on espère qu’en ouvrant le livre il en soit de même. Mais justement : si la deuxième partie avec Jehanne est respectée, aucune trace de Mercy Lewis ni de chasse à l’homme. De même, alors que le roman s’ouvre sur une scène qui nous met dans une ambiance tendue, une fois la religieuse sur place pas de chasse à l’homme pendant trente pages. Ou plutôt, si : elle se met à chasser les sorcières, mais pas les autres membres de la ville. Or, avant qu’elle soit là les habitants semblaient décider à se débarrasser d’elles.

Ma suggestion est celle-ci : peut-être effacer cette partie avec Mercy Lewis, car ça crée une fausse attente pour le lecteur, pour se focaliser sur le fait que Salem serait un repère de sorcière et qu’on envoie Jehanne là-bas. La deuxième partie est d’ailleurs très bien.

Une histoire que l’on a déjà lue en grande partie

Comme dit dans mon introduction, je crois que ce qui m’a le plus dérangé dans ma lecture c’est le manque de surprises ou de nouveautés. Il y a pour ce genre de récits des codes connus et en trente pages on les a eus les uns à la suite des autres :

  • Le cheval qui meurt mystérieusement (ça aurait pu être un chien, d’ailleurs, mais l’Homme doit avoir un affect particulier avec celui-ci)
  • La religieuse pure et ingénue qui va découvre la noirceur des Hommes et en ressortir transformée
  • Le religieux perverti et qui va être en pleine lutte entre le bien et le mal
  • La sorcière présumée qui hurle avant de mourir une malédiction
  • Le rêve étrange avec une apparition du diable
  • Le coup de la croix retourné, même si ici la mise en scène était vraiment bien trouvée
  • Le chat noir
  • Des allusions multiples à satan autour d’un personnage qui serait possiblement une sorcière
  • Sans oublier la ville de Salem tant de fois visitée dans la fiction

Je ne suis pourtant pas un grand adepte de ce genre, mais j’ai eu l’impression d’avoir tous les clichés que l’on pourrait y trouver. Je suis dur, mais pourquoi acheter une histoire que j’ai déjà lue ? Dans un cadre qu’on a vu et revu avec un message de fin que l’on connait ? Oui, tu as de très bonnes idées de mise en scène et cherche à jouer avec ton lecteur avec cette question évidente : Grâce est-elle une sorcière ou juste femme comme toutes les autres avec sa part d’ombre et de lumière ? Cependant, cette impression de déjà connaître les grandes lignes de l’histoire ne m’est jamais sortie de la tête. Surtout lorsque je devinais les événements-clés comme le rêve ou le chat noir. Peut-être que cela change dans la suite et que tu rabats toutes les cartes, mais peut-être faudrait-il espacer tous ces moments déjà-vu et proposer entre des choses inédites. Car si tu écris cette histoire, et donne de ton temps, c’est ne pas pour réécrire ce qui a déjà été fait, si ?

J’aurais voulu te donner une piste, car j’ai toujours des idées de scénarios pour aider les auteurs. Pourtant, j’ai l’impression que tout a été fait avec les sorciers et dans ce cadre. Sauf si tu nous prouves le contraire 😉

Quelques incohérences de-ci de-là

Jehanne arrive dans l’église et arrive à décrire la couleur des yeux de Timothy et de Grâce alors qu’ils prient les yeux fermés

Un révérend est l’équivalent d’un pasteur en France. Ce sont généralement des protestants. Pourquoi sa femme et lui vont à l’église catholique de Timothy ?

Plus personne ne vient à Salem et la population se paupérise. Comment les riches font pour rester riches s’ils ne peuvent commercer avec personne ? Ne devraient-ils pas s’en aller ? En plus des sorcières, ils pourraient être la cible des pauvres. Je ne comprends pas ce qu’ils gagnent à rester là.

Le marché est vaste pour une ville en proie à la pauvreté et où personne ne vient car le lieu est maudit, non ?

island - correction - critique - lecture - univers

2 • Un univers recherché, vivant avec quelques incohérences

La recherche du réalisme

Chose qu’on ne peut te reprocher, c’est le travail qui a été fait sur la situation économique et sociale de l’époque. On aurait pu juste se concentrer sur l’aspect sorcellerie, mais pas du tout ! Tu nous montres l’impact sur la ville ces activités : pauvreté, famine, manque de ressources. Je n’y avais pas pensé, mais c’est tout à fait logique.

Tu évoques aussi un personnage célèbre de l’époque ayant joué un rôle dans l’histoire des sorcières de Salem en la personne d’Increase Mather. Je ne le connaissais pas et c’est toujours un plaisir d’apprendre en lisant.

Un univers vivant au service de la mise en scène

Je l’évoquais dans la partie 1, mais tu as le chic pour créer des mises en scène avec de nombreux niveaux de lecture. Par exemple, la biche dans la forêt qui sert d’allégorie à l’âme humaine double ou la maison du révérend qui est satanisée pour imager l’état de l’âme de Grâce, douce à l’intérieur, mais froide à l’extérieur. On pourrait aussi évoquer la nature, avec la météo, et je suis sûr que j’en ai loupé. Il y a vrai travail sur les descriptions pour créer différentes atmosphères, chapeau !

Une incohérence dérangeante : la religion aux USA du 17e

Quitte à parler de religion et de sorcellerie, autant s’assurer que l’on part sur des bases solides. On retrouve dans la ville de Salem deux entités religieuses qui en temps normal ne devraient même pas se fréquenter : le révérend et l’évêque. Le révérend est le nom américain pour pasteur. Les pasteurs sont des hommes/femmes des branches non catholiques (protestants, pentecôtiste, etc). L’évêque est une autorité de l’église catholique. Du coup, à plusieurs reprises j’ai été gêné de voir le révérend ne pas donner de culte, mais aller à une messe catholique pour pratiquer une foi en partie divergente par rapport à la sienne. Il envoie même sa femme se confesser chez l’évêque alors qu’il est lui-même une autorité spirituelle.

Une deuxième question m’est venue : il y avait-il un catholicisme si développé aux Etats-Unis du 17e siècle, au point que l’on envoie dans un trou paumé comme Salem un évêque et pas un simple prêtre ?

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3 • Des personnages (trop) connus du public (?)

Des archétypes de personnages dans une histoire déjà-vu, ou est-ce une impression ?

Cette critique est en lien avec la partie scénario : j’ai eu l’impression de déjà connaître ces protagonistes sur quelques aspects. Ce sont les mêmes que l’on utilise au cinéma pour ce genre de récits. Du coup, si on les connait, on peut se demander qu’est-ce qu’ils ont de plus à nous raconter. Mais dans le même temps nous ne sommes qu’au début de l’histoire et des archétypes peuvent être un bon moyen de faciliter l’intégration du lecteur à une histoire. Je ne sais pas quoi penser d’eux, mais pas du bien pour le moment.

Des protagonistes crédibles et que l’on veut suivre

Comme pour l’univers, il y a eu un réel travail de fait sur les personnages. Tous ont des caractères bien différents et je n’ai pas eu souvenirs d’une réaction de l’un d’eux qui m’ait totalement sorti du récit. Au contraire : ils sont humains. On comprend les dilemmes qui les saisissent et on veut voir comment ils vont s’en sortir. Même si j’avoue que la moins intéressante est Jehanne. Son combat on le connait et on en voit déjà les issues possibles. A l’inverse, Timothy et Grâce sont littéralement au cœur des flammes et tout peut leur arriver. Vont-ils être attrapés ? Se dénoncer ? Grâce est-elle une sorcière qui se sert de Timothy comme caution morale en plus de son mari ? Jusqu’où l’obsession de Timothy va amener ce dernier ?

J’en oublie presque Elizabeth qui nous fait frémir dès son introduction.

La ville de Salem semble compter son lot de personnages réellement bien construits, bien que connus, et qui nous questionnent sur la suite de l’histoire comme sur les thèmes de fond de l’œuvre.

Des personnages tout en symboliques

De Jehanne à Timothy, en passant par Grâce, chaque personnage incarne un ensemble d’idées ou de valeurs, ce qui leur donne une réelle profondeur.

  • Jehanne est une sorte de Jeanne d’Arc du 17e qui va reconquérir le pays perdu par Dieu, mais qui va voir sa foi être ébranlée. Dans le même temps, elle représente l’âme pure selon la Bible, l’ange. Elle se dit porteuse de lumière et on se demande même si une telle femme pourrait exister
  • Timothy est le leader spirituel corrompu. Va-il se laisser happer par le péché interdit ou revenir sur le droit chemin et lutter aux côtés de Jehanne pour la libération de la ville ? Il représente cette foi de façade, voire cette église avec ses secrets et sa relation douteuse avec le mal
  • Grâce, sorcière ou pas, représente la femme avec ses deux côtés : capable du pire comme du meilleur, elle séduit par ses qualités, mais peut aussi manipuler et tuer un homme sur place. C’est la femme modelée à l’image du monde, pervertie sur certains aspects, et donc l’opposée de Jehanne. L’est-elle au point d’être une sorcière ? Avec tout ça, j’aimerais que ça ne soit pas le cas, mais qu’elle finisse par mourir comme telle. Pourquoi ? Car si tout porte à croire qu’elle est une sorcière alors que non, cela veut dire que ses traits, toutes les femmes et mêmes les hommes peuvent les développer. On a juste tous en nous une part d’ombre. Est-ce que ça fait de nous de sorciers potentiels ou plutôt de simples pécheurs ?

Allez, deux bémols

Si on creuse il y a bien deux petits points noirs dans ces trente premières pages :

  • Tu en dis trop dès le début et gâche un peu l’aspect mystère : à plusieurs reprises, tu nous donnes pleins d’infos sur un nouveau personnage, par exemple Elizabeth ou même Grâce, alors qu’on vient à peine de la découvrir. Si le point de vue dans ta narration est omniscient, tu n’es pas obligée de tout nous dire. On a le temps, surtout dans un roman mystère
  • Monsieur Timothy : il se nomme Timothy Howard, mais on l’appelle Monsieur Timothy puis parfois monsieur Howard. Je pense que c’est une erreur, mais je devais le dire car ça me perturbait.
fond - analyse - critique - correction

4 • Des thèmes récurrents, sauf un

Des thèmes autour de la religion et des apparences déjà-vu

C’est l’aspect qui m’a le moins intéressé car tous ces dilemmes autour du bien et du mal sont récurrents dans les récits avec les sorciers. Si en plus on rajoute une religieuse sainte-ni-touche qui doit ramener à la raison un vieux religieux perverti par le péché de la ville, rien de nouveau.

Mais il y a autre chose dont traite ce roman :

Un roman sur les femmes : anges ou démones ?

Si dans la forme et le scénario, cette histoire semble déjà écrite, le fait de placer des femmes au cœur du récit lui donne un autre niveau de lecture. Jehanne est la femme ingénue pure qui a été protégée des dangers du monde, alors que Grâce est vénale, égoïste, sauvage, irrespectueuse de certaines traditions, même religieuses ou maritales. Elle a été pervertie par le monde, peut-être même au point d’être devenue une sorcière. Ou juste une femme qui a dû s’endurcir pour survivre, là où Jehanne ne connait rien de la vie.

Au final, ce sont les deux mêmes faces d’une même pièce : dans chaque femme il y a une part angélique et aussi totalement démoniaque capable du pire.

C’est d’ailleurs marrant de voir que toutes les femmes de Salem sont les opposées physiques ou mentales de Jehanne. Cette quête ne va pas seulement la faire grandir en tant que religieuse, mais en tant que femme et personne : si être totalement perverse n’est pas bon, un excès de gentillesse peut parfois vous amener plus de problèmes encore.

En sachant cela, je reviens encore une fois sur mon idée quant à la fin de Grâce : elle pourrait mourir dans les flammes, car tout nous ferait penser que c’est une sorcière, alors qu’en réalité son seul crime aurait été d’être une femme un peu plus mauvaise que les autres, peut-être à cause de mauvaises expériences, ou pour se protéger du monde. En mourant, elle nous amènerait à questionner tous les témoins : et si moi aussi je ne mériterai pas le bucher ? Après Christ a dit en Jean 8 :7 « Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle »

forme - analyse - critique - correction

5 • Une forme en dent de scie

Un style poétique et intelligent

Tu aimes employer des images pour nous faire comprendre les enjeux de ton récit et c’est un vrai plaisir pour les lecteurs les plus attentifs. On sent que certains passages, comme le rêve de Jehanne, ou même le chapitre où on la découvre, sont bâtis uniquement sur des références, des allusions et du sous-texte.

De même dès le premier chapitre, j’ai eu l’impression de suivre un documentaire sur Salem. Attention juste à ce que le point de vue omniscient du narrateur ne nous gâche pas toute l’intrigue.

  • De très bonnes idées de mise en scène (je ne vais pas revenir dessus)
  • Des expressions et des habitudes à oublier

En te lisant, j’ai remarqué qu’au fur et à mesure que les chapitres avançaient ton vocabulaire était moins recherché, on retombait sur les mêmes expressions, tu employais beaucoup les auxiliaires et les gérondifs (disant, faisant, allant), ce qui donne l’impression que ton style s’appauvrit.

Il y a aussi des expressions à utiliser le moins possibles, car on les a à presque chaque paragraphe :

  • La désignation de tes personnages par « la plus jeune/riche/vieille »
  • par « son homologue » trop souvent
  • Ou encore les couleurs de cheveux, surtout blondinette alors que Jehanne est une femme d’un certain âge déjà. Quand on est sous le point de vue de Timothy ça peut passer, mais pas tout le temps

Pour ces problèmes de désignation de tes personnages, tu dois trouver des listes de noms communs et d’expressions pour les désigner et jongler avec sans nous donner l’impression de toujours voir les mêmes.

Une autre expression a modifié du mieux que tu puisses c’est « prunelle ». Tous les chapitres on le voit à tous les coins de paragraphes. Il y a d’autres moyens de parler du regard de tes héros et ils ont aussi un visage et un corps entier pour s’exprimer.

Ceci m’amène à un autre point : dans les dialogues, tu n’utilises pratiquement jamais des descriptions de tes personnages pour appuyer par de la gestuelle ou des expressions leur discours. Ils se donnent la réplique parfois sans bouger. Ou alors tu dis ce qu’ils ressentent au lieu de nous le montrer. C’est dommage, car tes dialogues dans le fond sont tous très bons.

Un texte qui ne respecte pas les règles de l’orthotypographie

En parlant des dialogues, ce problème me permet d’introduire un autre problème à ce sujet : certains dialogues ne respectent pas du tout la façon de construire un dialogue en langue française. Parfois tu ouvres les guillemets et mets un tiret, non cadratin d’ailleurs, juste après. D’autres fois, tu ne retournes pas à la ligne. Ou encore, tu mets une majuscule au verbe de diction alors que ça ne devrait pas être le cas.

Tu écris à plusieurs reprises des « doubles points de suspension ». Premièrement, il y en a trop, ce qui est une mauvaise habitude à cause des SMS où ces points servent à exprimer l’embarras (ici tu as des pages entières pour bien montrer et pas dire les ressentis de tes personnages), et deuxièmement les points de suspensions sont une succession de trois points(…), pas deux(..).

Derrière point : tu dois justifier ton texte, car sinon il ne paraîtra jamais sérieux pour un éditeur. Je crois qu’il n’y a que le chapitre 1 où le texte est justifié. Attention.

Conclusion : pourquoi raconter une histoire déjà racontée ?

Je fais cette conclusion en totale subjectivité, car c’est ma frustration au sortie de ma lecture : tu as un certain talent et on sent que tu aimes écrire. Tu prouves que tu sais gérer différents personnages en même temps et sais les mettre en scène.

Du coup, je m’interroge : pourquoi user de ton talent pour raconter une histoire racontée de nombreuses fois ? Comptes-tu apporter un nouvel éclairage sur cette histoire ? Ou est-ce juste pour t’entraîner ? Je ne comprends pas tes motivations.

J’ai créé Plumavitae, car je crois qu’il y a des talents encore inconnus sur internet qui sont capables de nous proposer des œuvres encore jamais vues et j’avoue ne pas comprendre pourquoi en 2019 on continue encore de parler des sorcières de Salem. J’ai hâte de connaître ta réponse, car ça c’est un mystère !

Que la Plume soit avec toi !

Kev’Angi, le Tyran



Sache que ce que je fais dans cette critique n’a rien d’exceptionnel :

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Catégories : Plum'Analyses

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